La révolution coopérative de Champagne

 

La révolution coopérative

 

de Champagne.

 

 

Depuis une petite dizaine d’années maintenant, la Champagne assiste à une révolution…la transformation des caves coopératives ! Longtemps considérés comme des champagnes de moindre qualité, les champagnes issus des caves coopératives côtoient désormais les plus grands noms sur les cartes des tables étoilées… Il semblerait que les caves coopératives prennent le chemin de la « premiumisation ». Explications.

Pour rappel, il existe trois différents types de production de champagne : le champagne de vigneron, le champagne de négociant et le champagne en provenance des caves coopératives.

On estime aujourd’hui que l’ensemble des marques des caves coopératives représentent 50% des surfaces viticoles champenoises cultivées et un gros tiers de la production de champagne. C’est dire leur importance dans la balance économique de la sphère viti-vinicole. Mais qu’est-ce qu’une cave coopérative ? C’est un groupement de vignerons qui vinifie l’ensemble de ses raisins sous, majoritairement, une seule et même marque.

Un doublé gagnant ?

Il y a quelques dizaines d’années naissaient les champagnes dits « de vignerons ». Le vigneron de l’époque était jusqu’alors cantonné à la culture de ses vignes et de ses raisins, qu’il finissait par vendre au négociant ou à la cave coopérative. Certainement frustré de ne pas pouvoir lui aussi valoriser son histoire et son savoir-faire, ce dernier s’est mis à faire son propre champagne, sous sa propre marque. Bilan ? Les prix au kilo des raisins de champagne ont augmenté. Les négociants, soucieux de conserver leur source d’approvisionnement et de ne pas envoyer le vigneron vendre son raisin à la concurrence, se seraient montrés plus généreux dans le prix d’achat de raisin.

Par un effet de vases communicants, il semblerait que les caves coopératives aient été les grandes perdantes de ce nouveau modèle économique. N’ayant souvent pas les moyens financiers de rémunérer les vignerons comme le font les négociants – on parle de prix allant jusqu’à plus de 7 euros le kilo de raisin pour les terroirs les plus prestigieux, contre 6,10 en moyenne – elles ont dû s’adapter. Comment ? En revoyant leur positionnement.

Une refonte profonde

Confrontées à une volonté d’émancipation des vignerons et à une augmentation des prix du raisin au kilo, les caves coopératives ont dû réagir. Si elles ne peuvent plus compter sur la quantité, les caves coopératives comptent désormais sur la qualité et la « premiumisation » de leur marque, avec un positionnement haut de gamme. Elles valorisent leur savoir-faire historique, cherchent à se démarquer et communiquent sur une identité propre.

Les conséquences sont par ailleurs assez immédiates : reconnaissance unanime par les critiques spécialisés, présence sur les tables étoilées de l’hexagone, ventes à l’export en augmentation, articles élogieux, parts de marché en hausse… les caves coopératives de champagne ont le vent en poupe !

Preuve à l’appui, les initiatives des caves coopératives se multiplient ces dernières années. Voici les dernières en date :

  • Après la nouvelle cuverie en cours de construction, Palmer fait sensation en rachetant le Domaine du Chalet. Située à Chigny les Roses au cœur de la Montagne de Reims, la coopérative a ouvert une maison d’hôtes de prestige, avec une table gastronomique sous la direction d’un ancien chef étoilé. Elle proposera par ailleurs des séjours oenotouristiques haut de gamme autour de l’art de vivre à la française ;
  • Le champagne Collet, basé à Aÿ, vient de s’associer au luxueux hôtel Hilton (Paris 8ème) pour créer un bar éphémère. Au programme : l’ensemble de la gamme de la marque avec des accords mets-champagnes de haut vol dans un décor très Art Déco ;
  • La même cave coopérative a lancé en 2013 le Prix Collet du livre de Chef, récompensant la création et la photographie culinaire. Décerné à des chefs de renom, il récompense le vainqueur d’une allocation de leur cuvée Esprit Couture ;
  • Champagne Devaux, situé au cœur de la Côte des Bars dans un joli manoir d’époque, a récemment complété sa gamme. La marque élabore à présent des cuvées parcellaires haute couture, les cuvées D, au vieillissement long de 5 ans. Elle s’est également associée à Michel Chapoutier – le célèbre vinificateur de la Vallée du Rhône – pour sa cuvée Sténopé, produite en quantité très limitée.
  • Champagne Castelnau vient de faire peau-neuve ! La cave coopérative rémoise vient de refonder entièrement son identité visuelle. Que ce soit sur internet ou dans son packaging, le champagne Castelnau veut rajeunir sa clientèle et monter en gamme. Pour cela, elle lance en parallèle une nouvelle cuvée produite en édition limitée composée de 15 vins des millésimes 2010, 2009 et 2008


Vous l’aurez compris, les initiatives ne manquent pas et l’inventivité non plus ! Réjouissons-nous de cette percée des caves coopératives, qui souligne la capacité constante de la région à renaître et à ne pas se reposer sur ses acquis historiques.

Crédit photos ©Champagne Collet, ©OenoSpheres, ©Champagne Vincent Métivier, ©Champagne Devaux

 

Le gel, ami ou ennemi du champagne ?

 

Le gel,

 

ami ou ennemi du champagne ?

 

 

 

Episodes de gels dévastateurs au printemps 2017, grand froid à l’hiver 2017-2018… Quels sont les impacts directs de ces aléas climatiques sur les vignes ?

La période hivernale – d’octobre à fin mars – qu’on appelle aussi « dormance » est une étape fondamentale pour la vigne : cette dernière hiberne et reprend des forces. Au cours de cet épisode saisonnier, la vigne est soumise à toute une série de variations de températures.

Que se passe-t-il pour la vigne lorsqu’il fait froid ? En toute logique, le froid protège la vigne des insectes nuisibles qui ne résisteront pas à des températures peu chaleureuses (et c’est tant mieux). De manière plus globale, le froid favorise l’assainissement des sols. En revanche, si les températures descendent trop bas, les souches des vignes gorgées d’eau par l’hiver risquent d’éclater. Fait étonnant : la vigne ne craint pas la neige. C’est même plutôt bon signe : le froid envoie un message clair à la vigne. Il n’est pas encore temps de se réveiller et encore moins de bourgeonner. Et surtout, la neige hydrate la vigne et les sols.

Quelles conséquences pour le vigneron en cas de grand froid au printemps ? Les tous jeunes bourgeons gèlent, ils ne donnent ni fleurs, ni fruits et la quantité récoltée chute drastiquement. Pour les plus téméraires, il y aura une repousse. Mais sans garantie de la qualité finale du raisin…

De quels moyens disposent les vignerons pour lutter efficacement contre les gelées printanières ? Ils sont nombreux mais pas toujours efficaces et parfois très couteux. Petit tour d’horizon :

Les chaufferettes : le vigneron dispose des grosses bougies dans des sauts ou des petites cuves de fuel le long des vignes pour réchauffer l’air

L’aspersion : les vignes sont aspergées d’eau au moment du gel. Le bourgeon se retrouve enfermé dans une bulle glacée qui ne gèle pas de l’intérieur

Les ventilateurs : postés au-dessus des vignes, ils soufflent de l’air chaud sur les pieds celles-ci / des petites éoliennes viennent brasser de l’air chaud au-dessus des vignes, qui réchauffent les pieds de ces derniers

L’enfumage : le vigneron brûle du bois ou de la paille. Le nuage qui se forme alors empêche les rayons du soleil de venir brûler les bourgeons pris par le gel

L’aspirine : toute dernière découverte, c’est une petite révolution dans le monde viti-vinicole. L’aspirine végétale, issue du saule blanc et de la reine des prés agit comme l’aspirine absorbée par l’homme : vaporisée en amont d’un épisode de gel, elle fluidifie la sève et l’empêche de geler

 

 

Chaufferettes                                                                           Aspersion

  

Ventilateurs                                                                            Enfumage

Aspirine

Avec un printemps 2018 annoncé comme humide et froid, espérons que nos viticulteurs champenois sauront tirer profits de ces outils pour nous livrer un grand millésime !

 

Crédit photos ©OenoSpheres, ©Idealwine, ©L’Est-Eclair+Gremillet, ©Le savais-tu, ©Ouest-France, ©La nouvelle république