Du champagne aux champagnes

 

Du champagne aux champagnes

 

La tradition champenoise veut que les champagnes soient issus d’assemblages de cépages, de lieux de provenance des raisins ou encore de millésimes. Cependant de plus en plus de vignerons et, au final, de maisons font le choix d’aller à l’encontre des canons champenois et montrent la voie.

Effectivement, depuis Dom Pérignon (fin du 17ème siècle), les vins de champagne ont installé un modèle qui représente encore aujourd’hui 95% des expéditions : l’assemblage. Le terroir, habituellement nivelé par le métissage, sort aujourd’hui des coulisses pour s’afficher sur des étiquettes qui se mettent à vanter des crus en insistant sur leurs différences. La géographie champenoise, longtemps indistincte, se décline désormais pour le consommateur en paysages particuliers.

“Jusque dans les années 1870, la Champagne était très semblable à la Bourgogne, raconte Antoine Gerbelle fondateur de la WebTV consacrée au vin Tellement soif. On indiquait sur les bouteilles la provenance des raisins, Aÿ, ou Mesnil-sur-Oger par exemple. Le phénomène actuel trouve ses racines dans cette tradition.”

 

 

Valoriser le terroir

 

Depuis quelques années la culture vigneronne progresse avec des initiatives marquantes telles que celles de champagne Jacques Selosse (le vigneron Anselme Selosse est une référence en Champagne qui forme d’autres jeunes vignerons), champagne Egly Ouriet, Eric Rodez, Agrapart, Fleury et bien d’autres. Mais aussi grâce à la mobilisation des 5 000 vignerons de champagne qui conduisent leurs vignes et vinifient eux-mêmes leurs vins, réunis sous la marque “champagne de vigneron”.

Leur volonté est de valoriser leur terroir, de mettre en lumière leur philosophie et leur différence. De rapprocher le champagne de ce qu’il est à l’origine, un vin.

 

 

 

Qu’en pensent les maisons de champagne ?

 

Tout en respectant l’esprit du champagne, la plupart des maisons parviennent à se distinguer les unes des autres via le marketing, le récit de leur histoire et le style de leurs vins. Ce modèle s’appuie sur l’harmonisation du goût que l’on appelle « goût Maison » permettant un style fixe pour les B.S.A. (Brut Sans Année) : il y a le style Bollinger, le style Veuve Clicquot etc. que l’on peut retrouver n’importe où et n’importe quand.  Cette “personnalité” est construite année après année par le savoir-faire des chefs de cave des maisons, et la qualité de leur vin de réserve.

 

Cependant, certaines maisons n’en font qu’à leur tête. Par exemple : Leclerc-Briant ne fait rien comme les autres. Les vins de la maison sont biodynamiques, végans, peuvent être vieilli sous la mer, contiennent très peu de sucre, ont peu ou pas de soufre ajouté et surtout leur goût évolue selon les millésimes ! “Nous n’avons pas de vin de réserve qui permet traditionnellement de trouver une linéarité du goût selon les années, explique Frédéric Zeimett, son directeur général. Chacune d’entre elle est donc singulière, même si les vins ne sont pas forcément millésimés.”

 

Pour conclure :

 

Vous aimez le champagne? Bonne nouvelle, il se multiplie, se diversifie, se territorialise : il ne faut plus parler du champagne, mais des champagnes. Il y avait déjà des nuances de style, propres à chaque grande marque ; ce sont des différences d’origine qui apparaissent depuis quelques années. L’on parle de plus en plus des “terroirs” de Champagne.

 

Emilie du Vino Social Club pour OenoSpheres

 

Sources :

https://www.lenouveleconomiste.fr/champagne-la-querelle-des-anciens-et-des-modernes/

http://www.champagnedevignerons.fr/Les-champagnes-de-vignerons/Une-marque-collective.html

https://www.lexpress.fr/vin-et-alcool/les-terroirs-sortent-de-l-ombre.html

Crédits photo : Freepik

 

 

Tendance bio en Champagne

 

La tendance du champagne bio 

 

 

Seulement 2% du vignoble de Champagne est cultivé en agriculture biologique et biodynamique mais chaque année de plus en plus de producteurs, désireux d’élaborer des champagnes révélateurs de la typicité du terroir, se convertissent. Ces précurseurs parmi lesquels nous pouvons citer champagne Fleury ou le passionné Jacques Selosse, creusent le sillon d’une viticulture durable. Les maisons de champagne, inspirées par ce modèle, ne sont d’ailleurs pas en reste et, sentant la tendance du bio, se sont également positionnées sur une viticulture écologique et responsable telles Duval-Leroy, Roederer, Leclerc Briant, Lanson…

 

Le champagne bio, en chiffre ça donne quoi ? 

 

Selon le Comité Champagne, la Champagne a réduit de 15% son empreinte carbone depuis une quinzaine d’années et a divisé par deux le recours aux engrais azotés et aux produits phytosanitaires.

De même, selon l’Agence Bio, la progression des surfaces au label “AB” a bondi de 14% entre 2015 et 2017, et 176 hectares sont en conversion cette année.

Mais la viticulture biologique ne couvre encore que 1,9% des surfaces de la Champagne sur les 34.000 hectares que compte l’appellation.

 

grappe meunier

 

Au fait, comment fait-on du champagne bio ? 

 

Etre certifié en viticulture biologique implique de respecter la réglementation européenne sur la production biologique. Celle-ci interdit notamment l’usage des pesticides de synthèse et d’engrais chimiques.

Dans cette méthode de production, le vigneron s’interdit l’utilisation de produits de synthèse. Il utilise des produits à base de plantes, ou du cuivre et du souffre.

En Champagne, pour pouvoir prétendre commercialiser un vin bio, il faut se projeter sur plusieurs années : aux trois années nécessaires à la conversion (comme pour les autres vignobles), il faut ajouter la durée de vieillissement du champagne soit au minimum 15 mois. Cette durée peut encore s’allonger lorsque le vigneron souhaite assembler des vins de différentes années : chaque vin faisant partie de l’assemblage doit être produit en agriculture biologique pour pouvoir prétendre au label.

 

Et pour la vinification, comment ça se passe ? 

 

Le règlement européen de vinification biologique n°203/2012 est entré en vigueur depuis le 1er août 2012 et se décline en quatre axes :

Tous les ingrédients entrant dans la composition du vin doivent être certifiés bio : les raisins, mais aussi le sucre et le cas échéant les moûts de raisins concentrés ainsi que le vin de réserve. Selon l’origine et la quantité d’ingrédients total utilisées, une mention Agriculture UE/non UE pourra apparaître à côté du label bio européen (par exemple en cas d’utilisation de sucre de canne de pays tropicaux).

La liste des additifs et auxiliaires est une liste positive : seules sont autorisées les substances qui y sont inscrites. Celles-ci doivent provenir de matières premières biologiques si elles sont disponibles.

La teneur en dioxyde de soufre est fonction du type de vin mais aussi de sa teneur en sucre. Pour les vins de Champagne, la limite est de 150 mg/l.

La liste des pratiques œnologiques est une liste négative : elle mentionne les pratiques interdites en vinification bio.

Tout ceci est validé par une certification : “AB” qui assure au consommateur que les règles ont été suivies.

 

 

Pour conclure :

 

Selon Pascal Doquet, Président de l’Association des champagnes biologiques, produire bio ne s’improvise pas. Tout d’abord, les risques de pluies et de maladies sont assez fréquents et ne sont pas à négliger car ils peuvent impacter la récolte. Par ailleurs, il faut avoir une vision économique sur le moyen/long terme car, pour commercialiser son premier champagne certifié “AB”, il faut attendre plus longtemps que pour les vins non effervescents. Les vignerons parlent souvent de six années nécessaires entre le début de la conversion et la commercialisation des premières bouteilles. Cette durée, plus longue que pour les vins non effervescent, s’explique par la durée du vieillissement du champagne qui s’ajoute aux trois années de conversion.

Pour les maisons de Champagne, gourmandes en hectares, le défi réside dans leur capacité à réussir une transition à grande échelle, en acceptant que “certaines années on puisse perdre 10, 20, 30% de la récolte”, explique Jean-Baptiste Lécaillon, chef de cave du champagne Louis Roederer, dans un article du Télégramme daté de décembre de l’année dernière.

Encore confidentiels pour toutes ces raisons, les champagnes bio sont en train de convaincre tous les acteurs de la filière : les vignerons, les maisons de Champagne, les distributeurs et bien sûr le consommateur final !

 

Emilie du Vino Social Club pour OenoSpheres

 

Sources : Champagne Heucq, CIVC, Agence BIOl’Association des Champagnes biologiquesTélégramme

 

Definition du terroir de Champagne

 

Definition du terroir

 

de Champagne

 

 

Savez-vous ce qu’est un « terroir » ? Vous en entendez sans doute parler sans peut-être être sûr de ce que ce terme signifie ?

Le terroir est une rencontre, celle d’un sol et un sous-sol, de conditions climatiques spécifiques (pluie, vent, températures, exposition…) et de la main de l’Homme dans une zone géographique délimitée.

L’INAO définit le « terroir » de la sorte : « le terroir est un espace géographique délimité, dans lequel une communauté humaine, construit au cours de son histoire un savoir collectif de production, fondé sur un système d’interactions entre un milieu physique et biologique, et un ensemble de facteurs humains. Les itinéraires sociotechniques ainsi mis en jeu, révèlent une originalité, confèrent une typicité et aboutissent à une réputation, pour un bien originaire de cet espace géographique. »

 

Zoom sur le terroir champenois :

Le sous-sol de Champagne :

La particularité du sous-sol champenois ? Un calcaire très ancien et unique, dû à une mer tropicale présente il y a 65 millions d’années. En se retirant, cette dernière a laissé dans son sillage des sédiments marins qui se sont transformés avec le temps. On parle à dessein pour les vins de Champagne de « minéralité » et de « salinité », conférées par la craie.

A noter que plus cette craie sera profonde plus les racines de la vignes devront être concurrencées au niveau du sol (par de l’herbe par exemple) pour que ces dernières n’aient d’autre choix que d’aller au plus profond dans sa quête d’eau, et donc de minéraux.

 

Le climat de Champagne :

La fraîcheur des vins de Champagne ne provient pas uniquement du sous-sol mais également du « sur-sol » soit du climat.

Dans cette région, deux climats s’affrontent : continental et océanique. Saviez-vous que le vignoble champenois est le vignoble français le plus septentrional ? Et donc le plus froid. A même de préserver la fraîcheur des raisins, et la finesse des futurs vins. Avec un taux de pluviométrie important (le plus fort des vignobles français) et son ensoleillement concentré l’été le risque de sur-maturité du raisin est assez faible.

La nature étant bien faite, la craie située dans le sous-sol du vignoble champenois, avec son importante porosité, permet une parfaite irrigation de la vigne : essentielle pour absorber le trop plein d’eau et parfait pour lui redonner ce dont elle a besoin lors d’étés trop secs par capillarité.

La région Champagne est une région fortement vallonnée, ses vignobles sont plantés en « coteaux » avec un taux d’inclination pouvant aller jusqu’à 59%. Idéal donc pour ne pas laisser la pluie stagner, idéal également pour que l’exposition au soleil sud-sud-est des vignobles ne chauffe qu’une partie des raisins (pour préserver cette fraicheur constamment recherchée)

 

Les Hommes de Champagne :

Enfin, l’intervention de l’homme et de son savoir-faire est primordiale en région Champagne (à la différence de la Bourgogne par exemple).

Avec un cahier des charges très strict pour les trois appellations (AOC Champagne, AOC Coteaux champenois et AOC Rosé des Riceys), tout est mis en œuvre pour respecter mais aussi sublimer la vigne.

Du choix des cépages à la vendange manuelle en passant par des étapes déterminantes telles que l’assemblage ou le dosage, l’Homme intervient à chaque étape.

Ce climat humide si difficile et propice au développement des maladies est un réel défi que lui lance la nature. Il a su en faire une force et une identité mondialement reconnue.

 

Envie d’en apprendre davantage sur le terroir de Champagne ? Venez vous émerveiller à l’occasion d’un séjour à la découverte des coteaux de Champagne classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2015 !

 

Crédit photos ©Acolyance Vigne, ©Cédric Roblet et ©Emmanuel Goulet

 

Le gel, ami ou ennemi du champagne ?

 

Le gel,

 

ami ou ennemi du champagne ?

 

 

 

Episodes de gels dévastateurs au printemps 2017, grand froid à l’hiver 2017-2018… Quels sont les impacts directs de ces aléas climatiques sur les vignes ?

La période hivernale – d’octobre à fin mars – qu’on appelle aussi « dormance » est une étape fondamentale pour la vigne : cette dernière hiberne et reprend des forces. Au cours de cet épisode saisonnier, la vigne est soumise à toute une série de variations de températures.

Que se passe-t-il pour la vigne lorsqu’il fait froid ? En toute logique, le froid protège la vigne des insectes nuisibles qui ne résisteront pas à des températures peu chaleureuses (et c’est tant mieux). De manière plus globale, le froid favorise l’assainissement des sols. En revanche, si les températures descendent trop bas, les souches des vignes gorgées d’eau par l’hiver risquent d’éclater. Fait étonnant : la vigne ne craint pas la neige. C’est même plutôt bon signe : le froid envoie un message clair à la vigne. Il n’est pas encore temps de se réveiller et encore moins de bourgeonner. Et surtout, la neige hydrate la vigne et les sols.

Quelles conséquences pour le vigneron en cas de grand froid au printemps ? Les tous jeunes bourgeons gèlent, ils ne donnent ni fleurs, ni fruits et la quantité récoltée chute drastiquement. Pour les plus téméraires, il y aura une repousse. Mais sans garantie de la qualité finale du raisin…

De quels moyens disposent les vignerons pour lutter efficacement contre les gelées printanières ? Ils sont nombreux mais pas toujours efficaces et parfois très couteux. Petit tour d’horizon :

Les chaufferettes : le vigneron dispose des grosses bougies dans des sauts ou des petites cuves de fuel le long des vignes pour réchauffer l’air

L’aspersion : les vignes sont aspergées d’eau au moment du gel. Le bourgeon se retrouve enfermé dans une bulle glacée qui ne gèle pas de l’intérieur

Les ventilateurs : postés au-dessus des vignes, ils soufflent de l’air chaud sur les pieds celles-ci / des petites éoliennes viennent brasser de l’air chaud au-dessus des vignes, qui réchauffent les pieds de ces derniers

L’enfumage : le vigneron brûle du bois ou de la paille. Le nuage qui se forme alors empêche les rayons du soleil de venir brûler les bourgeons pris par le gel

L’aspirine : toute dernière découverte, c’est une petite révolution dans le monde viti-vinicole. L’aspirine végétale, issue du saule blanc et de la reine des prés agit comme l’aspirine absorbée par l’homme : vaporisée en amont d’un épisode de gel, elle fluidifie la sève et l’empêche de geler

 

 

Chaufferettes                                                                           Aspersion

  

Ventilateurs                                                                            Enfumage

Aspirine

Avec un printemps 2018 annoncé comme humide et froid, espérons que nos viticulteurs champenois sauront tirer profits de ces outils pour nous livrer un grand millésime !

 

Crédit photos ©OenoSpheres, ©Idealwine, ©L’Est-Eclair+Gremillet, ©Le savais-tu, ©Ouest-France, ©La nouvelle république