Du champagne aux champagnes

 

Du champagne aux champagnes

 

La tradition champenoise veut que les champagnes soient issus d’assemblages de cépages, de lieux de provenance des raisins ou encore de millésimes. Cependant de plus en plus de vignerons et, au final, de maisons font le choix d’aller à l’encontre des canons champenois et montrent la voie.

Effectivement, depuis Dom Pérignon (fin du 17ème siècle), les vins de champagne ont installé un modèle qui représente encore aujourd’hui 95% des expéditions : l’assemblage. Le terroir, habituellement nivelé par le métissage, sort aujourd’hui des coulisses pour s’afficher sur des étiquettes qui se mettent à vanter des crus en insistant sur leurs différences. La géographie champenoise, longtemps indistincte, se décline désormais pour le consommateur en paysages particuliers.

“Jusque dans les années 1870, la Champagne était très semblable à la Bourgogne, raconte Antoine Gerbelle fondateur de la WebTV consacrée au vin Tellement soif. On indiquait sur les bouteilles la provenance des raisins, Aÿ, ou Mesnil-sur-Oger par exemple. Le phénomène actuel trouve ses racines dans cette tradition.”

 

 

Valoriser le terroir

 

Depuis quelques années la culture vigneronne progresse avec des initiatives marquantes telles que celles de champagne Jacques Selosse (le vigneron Anselme Selosse est une référence en Champagne qui forme d’autres jeunes vignerons), champagne Egly Ouriet, Eric Rodez, Agrapart, Fleury et bien d’autres. Mais aussi grâce à la mobilisation des 5 000 vignerons de champagne qui conduisent leurs vignes et vinifient eux-mêmes leurs vins, réunis sous la marque “champagne de vigneron”.

Leur volonté est de valoriser leur terroir, de mettre en lumière leur philosophie et leur différence. De rapprocher le champagne de ce qu’il est à l’origine, un vin.

 

 

 

Qu’en pensent les maisons de champagne ?

 

Tout en respectant l’esprit du champagne, la plupart des maisons parviennent à se distinguer les unes des autres via le marketing, le récit de leur histoire et le style de leurs vins. Ce modèle s’appuie sur l’harmonisation du goût que l’on appelle « goût Maison » permettant un style fixe pour les B.S.A. (Brut Sans Année) : il y a le style Bollinger, le style Veuve Clicquot etc. que l’on peut retrouver n’importe où et n’importe quand.  Cette “personnalité” est construite année après année par le savoir-faire des chefs de cave des maisons, et la qualité de leur vin de réserve.

 

Cependant, certaines maisons n’en font qu’à leur tête. Par exemple : Leclerc-Briant ne fait rien comme les autres. Les vins de la maison sont biodynamiques, végans, peuvent être vieilli sous la mer, contiennent très peu de sucre, ont peu ou pas de soufre ajouté et surtout leur goût évolue selon les millésimes ! “Nous n’avons pas de vin de réserve qui permet traditionnellement de trouver une linéarité du goût selon les années, explique Frédéric Zeimett, son directeur général. Chacune d’entre elle est donc singulière, même si les vins ne sont pas forcément millésimés.”

 

Pour conclure :

 

Vous aimez le champagne? Bonne nouvelle, il se multiplie, se diversifie, se territorialise : il ne faut plus parler du champagne, mais des champagnes. Il y avait déjà des nuances de style, propres à chaque grande marque ; ce sont des différences d’origine qui apparaissent depuis quelques années. L’on parle de plus en plus des “terroirs” de Champagne.

 

Emilie du Vino Social Club pour OenoSpheres

 

Sources :

https://www.lenouveleconomiste.fr/champagne-la-querelle-des-anciens-et-des-modernes/

http://www.champagnedevignerons.fr/Les-champagnes-de-vignerons/Une-marque-collective.html

https://www.lexpress.fr/vin-et-alcool/les-terroirs-sortent-de-l-ombre.html

Crédits photo : Freepik

 

 

Tendance bio en Champagne

 

La tendance du champagne bio 

 

 

Seulement 2% du vignoble de Champagne est cultivé en agriculture biologique et biodynamique mais chaque année de plus en plus de producteurs, désireux d’élaborer des champagnes révélateurs de la typicité du terroir, se convertissent. Ces précurseurs parmi lesquels nous pouvons citer champagne Fleury ou le passionné Jacques Selosse, creusent le sillon d’une viticulture durable. Les maisons de champagne, inspirées par ce modèle, ne sont d’ailleurs pas en reste et, sentant la tendance du bio, se sont également positionnées sur une viticulture écologique et responsable telles Duval-Leroy, Roederer, Leclerc Briant, Lanson…

 

Le champagne bio, en chiffre ça donne quoi ? 

 

Selon le Comité Champagne, la Champagne a réduit de 15% son empreinte carbone depuis une quinzaine d’années et a divisé par deux le recours aux engrais azotés et aux produits phytosanitaires.

De même, selon l’Agence Bio, la progression des surfaces au label “AB” a bondi de 14% entre 2015 et 2017, et 176 hectares sont en conversion cette année.

Mais la viticulture biologique ne couvre encore que 1,9% des surfaces de la Champagne sur les 34.000 hectares que compte l’appellation.

 

grappe meunier

 

Au fait, comment fait-on du champagne bio ? 

 

Etre certifié en viticulture biologique implique de respecter la réglementation européenne sur la production biologique. Celle-ci interdit notamment l’usage des pesticides de synthèse et d’engrais chimiques.

Dans cette méthode de production, le vigneron s’interdit l’utilisation de produits de synthèse. Il utilise des produits à base de plantes, ou du cuivre et du souffre.

En Champagne, pour pouvoir prétendre commercialiser un vin bio, il faut se projeter sur plusieurs années : aux trois années nécessaires à la conversion (comme pour les autres vignobles), il faut ajouter la durée de vieillissement du champagne soit au minimum 15 mois. Cette durée peut encore s’allonger lorsque le vigneron souhaite assembler des vins de différentes années : chaque vin faisant partie de l’assemblage doit être produit en agriculture biologique pour pouvoir prétendre au label.

 

Et pour la vinification, comment ça se passe ? 

 

Le règlement européen de vinification biologique n°203/2012 est entré en vigueur depuis le 1er août 2012 et se décline en quatre axes :

Tous les ingrédients entrant dans la composition du vin doivent être certifiés bio : les raisins, mais aussi le sucre et le cas échéant les moûts de raisins concentrés ainsi que le vin de réserve. Selon l’origine et la quantité d’ingrédients total utilisées, une mention Agriculture UE/non UE pourra apparaître à côté du label bio européen (par exemple en cas d’utilisation de sucre de canne de pays tropicaux).

La liste des additifs et auxiliaires est une liste positive : seules sont autorisées les substances qui y sont inscrites. Celles-ci doivent provenir de matières premières biologiques si elles sont disponibles.

La teneur en dioxyde de soufre est fonction du type de vin mais aussi de sa teneur en sucre. Pour les vins de Champagne, la limite est de 150 mg/l.

La liste des pratiques œnologiques est une liste négative : elle mentionne les pratiques interdites en vinification bio.

Tout ceci est validé par une certification : “AB” qui assure au consommateur que les règles ont été suivies.

 

 

Pour conclure :

 

Selon Pascal Doquet, Président de l’Association des champagnes biologiques, produire bio ne s’improvise pas. Tout d’abord, les risques de pluies et de maladies sont assez fréquents et ne sont pas à négliger car ils peuvent impacter la récolte. Par ailleurs, il faut avoir une vision économique sur le moyen/long terme car, pour commercialiser son premier champagne certifié “AB”, il faut attendre plus longtemps que pour les vins non effervescents. Les vignerons parlent souvent de six années nécessaires entre le début de la conversion et la commercialisation des premières bouteilles. Cette durée, plus longue que pour les vins non effervescent, s’explique par la durée du vieillissement du champagne qui s’ajoute aux trois années de conversion.

Pour les maisons de Champagne, gourmandes en hectares, le défi réside dans leur capacité à réussir une transition à grande échelle, en acceptant que “certaines années on puisse perdre 10, 20, 30% de la récolte”, explique Jean-Baptiste Lécaillon, chef de cave du champagne Louis Roederer, dans un article du Télégramme daté de décembre de l’année dernière.

Encore confidentiels pour toutes ces raisons, les champagnes bio sont en train de convaincre tous les acteurs de la filière : les vignerons, les maisons de Champagne, les distributeurs et bien sûr le consommateur final !

 

Emilie du Vino Social Club pour OenoSpheres

 

Sources : Champagne Heucq, CIVC, Agence BIOl’Association des Champagnes biologiquesTélégramme

 

Le gel, ami ou ennemi du champagne ?

 

Le gel,

 

ami ou ennemi du champagne ?

 

 

 

Episodes de gels dévastateurs au printemps 2017, grand froid à l’hiver 2017-2018… Quels sont les impacts directs de ces aléas climatiques sur les vignes ?

La période hivernale – d’octobre à fin mars – qu’on appelle aussi « dormance » est une étape fondamentale pour la vigne : cette dernière hiberne et reprend des forces. Au cours de cet épisode saisonnier, la vigne est soumise à toute une série de variations de températures.

Que se passe-t-il pour la vigne lorsqu’il fait froid ? En toute logique, le froid protège la vigne des insectes nuisibles qui ne résisteront pas à des températures peu chaleureuses (et c’est tant mieux). De manière plus globale, le froid favorise l’assainissement des sols. En revanche, si les températures descendent trop bas, les souches des vignes gorgées d’eau par l’hiver risquent d’éclater. Fait étonnant : la vigne ne craint pas la neige. C’est même plutôt bon signe : le froid envoie un message clair à la vigne. Il n’est pas encore temps de se réveiller et encore moins de bourgeonner. Et surtout, la neige hydrate la vigne et les sols.

Quelles conséquences pour le vigneron en cas de grand froid au printemps ? Les tous jeunes bourgeons gèlent, ils ne donnent ni fleurs, ni fruits et la quantité récoltée chute drastiquement. Pour les plus téméraires, il y aura une repousse. Mais sans garantie de la qualité finale du raisin…

De quels moyens disposent les vignerons pour lutter efficacement contre les gelées printanières ? Ils sont nombreux mais pas toujours efficaces et parfois très couteux. Petit tour d’horizon :

Les chaufferettes : le vigneron dispose des grosses bougies dans des sauts ou des petites cuves de fuel le long des vignes pour réchauffer l’air

L’aspersion : les vignes sont aspergées d’eau au moment du gel. Le bourgeon se retrouve enfermé dans une bulle glacée qui ne gèle pas de l’intérieur

Les ventilateurs : postés au-dessus des vignes, ils soufflent de l’air chaud sur les pieds celles-ci / des petites éoliennes viennent brasser de l’air chaud au-dessus des vignes, qui réchauffent les pieds de ces derniers

L’enfumage : le vigneron brûle du bois ou de la paille. Le nuage qui se forme alors empêche les rayons du soleil de venir brûler les bourgeons pris par le gel

L’aspirine : toute dernière découverte, c’est une petite révolution dans le monde viti-vinicole. L’aspirine végétale, issue du saule blanc et de la reine des prés agit comme l’aspirine absorbée par l’homme : vaporisée en amont d’un épisode de gel, elle fluidifie la sève et l’empêche de geler

 

 

Chaufferettes                                                                           Aspersion

  

Ventilateurs                                                                            Enfumage

Aspirine

Avec un printemps 2018 annoncé comme humide et froid, espérons que nos viticulteurs champenois sauront tirer profits de ces outils pour nous livrer un grand millésime !

 

Crédit photos ©OenoSpheres, ©Idealwine, ©L’Est-Eclair+Gremillet, ©Le savais-tu, ©Ouest-France, ©La nouvelle république

 

Le champagne sort de ses caves

 

Le champagne,

 

sort de ses caves.

 

 

Qui a dit que le champagne était un produit classique ? Personne. Et pour cause, le champagne revêt des allures de conquistador et part à la rencontre d’expériences insolites. Tour d’horizon de ses facettes pour le moins innovantes.

Tout vient à point à qui sait attendre

20 000 lieues sous les mers

Avez-vous déjà entendu parler de champagne vieilli sous la mer ? Après plusieurs expériences en Bretagne, au Pays basque et dans le bassin aquitain, cette technique se propage dans le vignoble champenois. Plongées entre 10 et 90 mètres de profondeur, les bouteilles y sont déposées pour 6 à 12 mois. Le temps de laisser l’océan faire corps avec les bouteilles, jusqu’à laisser des coquillages se former autour de ces dernières…. Quels intérêts d’une telle technique ? Tout d’abord, la température constante de l’eau – aux alentours de 13°C : exit les écarts de températures et le vieillissement prématuré. Mais l’absence de luminosité est aussi un formidable atout : parfait pour éviter le fameux « goût de lumière ». Quant à l’hygrométrie (degré d’humidité), elle semble parfaitement adaptée au bon travail des levures pendant le vieillissement. La pression – jusqu’à 6 bars – plus haute qu’une cave classique et on évite alors tout échanges gazeux. Cet ensemble de facteurs permet une évolution plus lente du champagne qui, à la dégustation, semblent plus jeunes et à la fois plus ronds ! Mais ce n’est pas tout : il semblerait que les levures travaillent différemment et délivrent des arômes nouveaux…

Aller plus haut

Un vigneron champenois a de son côté tenté de faire vieillir ses cuvées en altitude. La pression atmosphérique y est pour le coup plus basse – donc moins de gaz carbonique dissous – , et délivrerait des bulles plus fines et des arômes plus délicats et subtils.  Plus courant et plus accessible, n’hésitez pas à déguster un bon champagne lors de vos prochaines vacances au ski ! Des expériences comparatives ont été réalisées, entre des mêmes vins dégustés en plaine et en haute altitude. Il semblerait que la pression atmosphérique influe directement sur nos sens, faisant ressortir la salinité des champagnes et apportant une sensation en bouche littéralement aérienne à ces derniers.

Les pieds sur Terre

De plus en plus de champenois réintroduisent le fût de chêne pour l’élevage de tout ou une partie de leurs cuvées. Plus que d’innovation, il s’agit avant tout d’un retour aux sources. Détrôné dans les années 70 par la neutralité de l’inox – hygiénique, technologique grâce aux contrôles des températures et économique – le bois revient petit à petit dans le paysage champenois. Si jusqu’ici certains le réservaient à leurs cuvées prestiges, ils sont de plus en plus nombreux à l’associer à leur cuvée classique. Rondeur, complexité, aromatique, tanins…les qualités des fûts de chêne à la matière poreuse ne manquent pas pour rendre un champagne unique ! L’échange entre les matières est à son paroxysme et si en plus le bois servant à la confection des fûts vient de la forêt locale de l’Argonne…on signe !

Plus originale et pourtant berceau de l’élevage, l’amphore fait une petite percée dans le paysage vinicole champenois. Cette jarre en terre cuite déjà présente aux temps des romains et 100 % naturelle, servait à l’époque au transport et la conservation du jus de treille.  Seuls petits bémols : l’extrême porosité de ce matériel et sa contenance limitée. Encore plus perméable que le bois, les risques d’oxydation sont plus importants. Une contrainte qui oblige à deux fois plus d’attention et de réactivité dans le suivi du processus d’élevage.

 

Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Outre l’innovation dans le vieillissement de ses vins, les maisons champenoises cherchent à se démarquer par leurs modes de livraison.  Il y a peu, une célèbre cave coopérative de champagne a vu ses bouteilles transportées à la voile depuis la France…jusqu’au Canada ! La fameuse marque et le Comité Interprofessionnel des vins des Champagne se sont associés à un logisticien soucieux de l’environnement, pour un voyage 100% sans pétrole à bord de l’Avontuur, long de 44 mètres.  Une association qui fait sens au regard des exportations en masse du champagne en dehors de la zone UE, à l’heure du réchauffement climatique. Rappelons également que la Champagne est le vignoble le plus septentrional de France, et directement concerné par la hausse des températures ces dernières années.

Dans la lignée inverse, il est désormais possible de se faire livrer son champagne…en hélicoptère ! C’est en tous cas ce que propose une marque de champagne très « James Bond » et une société de transport néo-zélandaise pour des clients fortunés logés dans des endroits reculés de l’île.

Si vous vivez tout simplement en France (et heureux), et que vous avez désespérément besoin d’une bouteille de champagne fraîche en moins d’une heure : c’est possible. Un site de conciergerie en ligne propose la livraison en un temps record – et par un sommelier en tenue s’il vous plaît – d’une bouteille d’une célèbre maison familiale et indépendante. Petit plus pour les parisiens et résidents des Haut-de-Seine : la livraison est gratuite. Deuxième petit plus : le tarif incroyablement raisonnable pour un tel service.

Vraiment, vous n’avez plus aucune excuse pour vous passer de champagne !

 

Crédit photos ©Emmanuel Goulet, ©Tzoumaz, ©L’Est-Eclair, ©Champagne Heucq

 

Le Champagne, secrets de conception

 

Le champagne,

 

secrets de conception.

 

 

Savez-vous comment sont élaborés les vins de champagne ? Voici un petit rappel pour certains, une découverte pour les autres.

Au commencement, bien sûr, il y a la vigne. En Champagne, les raisins sont à maturité entre fin aout et mi-septembre selon le déroulé du millésime et récoltés à la main pour optimiser la qualité finale du raisin.

 

Le pressurage :
Sitôt ramassé, le raisin file au pressoir. Pourquoi sitôt ? Pour ne pas qu’il s’abime au contact de l’air qui l’oxyderait prématurément et qui pourrait entrainer une coloration de la peau vers le jus. Là, les raisins sont pressés et le jus récolté peut, entre autres, être mis en cuve inox. Cette étape est fondamentale : la presse doit être lente pour ne pas s’attaquer aux pépins de raisin qui, s’ils étaient pressés, donneraient de l’amertume au moût de raisin. Mais elle ne doit pas être trop longue non plus : on ne cherche pas à extraire la couleur des pinots noirs et pinots meuniers. En les laissant trop longtemps au contact du raisin, les peaux coloreraient le jus.

La fermentation alcoolique :
Une fois les jus des différents cépages et des différents villages obtenus séparément, les chefs de caves et vignerons supervisent la fermentation alcoolique.
De quoi s’agit-il ? Les levures indigènes, naturellement présentes sur la peau des raisins et désormais transmises au jus et les levures ajoutées – opération de « levurage » – vont venir transformer le sucre du raisin en alcool. La fermentation s’arrête lorsque les raisins ont transformé tous les sucres en alcool, et atteint un degré alcoolique d’environ 11°. A noter que cette opération se déroule dans des cuves aux alentours de 16-18°C. En-dessous de ces températures les levures s’endorment, au-dessus : elles meurent.

La fermentation malolactique :
Certaines maisons et certains vignerons (mais pas tous) procèdent alors à la fermentation malolactique. Grâce à certaines bactéries, l’acide malique – la pomme – se transforme en acide lactique – le lait – et l’acidité du vin chute considérablement. Cela donne alors des vins plus souples aux arômes plus délicats. Certains acteurs de la filière empêchent volontairement cette opération, ils sont à la recherche de vins plus frais et plus vifs.

L’assemblage : un savoir-faire identitaire :
Après la période hivernale, les chefs de cave et œnologues de chaque maison goûtent, essaient, assemblent. C’est une étape fondamentale car le Champagne est un vin d’assemblage : assemblage des différents cépages, assemblage des différents parcelles, assemblages des différentes années (à noter qu’un vin de Bourgogne est lui composé que d’une année, d’un cépage provenant d’une parcelle). Et c’est ce même assemblage qui définit le style d’une maison ou d’un vigneron !
Une fois l’assemblage décidé, le vin de l’année est complété par un pourcentage variable de vin de réserve – 20 à 30% environ -, qui est un assemblage de vins des précédentes récoltes, conservé jusqu’alors et qui influent largement sur la sensation de vinosité et de puissance du champagne.
Si l’année est considérée comme particulièrement bonne par le chef de cave, il peut décider de faire un champagne millésimé, et n’ajoutera pas de vin de réserve.

Le tirage et le vieillissement (prise de mousse) :
A la suite de ces diverses opérations, on ajoute au vin la liqueur de tirage : composée de vin clair (non gazeux), de levures et de sucre (la quantité de sucre détermine les bars de pression dans la bouteille), elle permettra au vin de repartir en fermentation pour donner le futur champagne. Le vin est ensuite mis en bouteille, dans laquelle s’effectuera la fameuse prise de mousse. On bouche cette bouteille à l’aide d’une capsule-couronne (une capsule métallique) et on laisse gentiment vieillir ces dames à l’horizontale, pendant au moins 15 mois pour un Brut Sans Année (BSA) et 3 ans pour un champagne millésimé (un vieillissement à la verticale sera possible pour une durée plus longue).

Pendant le vieillissement, la liqueur de tirage va faire son petit effet : comme pour la fermentation alcoolique, les levures vont venir manger les sucres, les transformer en alcool…et naturellement dégager du gaz. Le champagne définitif prend doucement forme : une boisson qui titrera aux alentours de 13°, avec une pression de 6 bars.

Le remuage :
Que fait-on des levures mortes lorsqu’elles ont fini leur travail ? Et bien on remue la bouteille d’un quart de tour à droite puis à gauche de façon à décoller le dépôt resté le long de la bouteille. Au fil des semaines, les bouteilles sont également redressées pour précipiter ce dépôt vers le goulot afin d’être évacué au moment du dégorgement.

 

 

Le dégorgement :
Historiquement fait à la main, c’est aujourd’hui une machine qui s’en charge. Le dégorgement consiste à basculer le goulot de la bouteille de champagne dans un bac à glace, qui va former rapidement un glaçon au niveau du bouchon et emprisonner les dépôts qui s’y sont formés lors du remuage. La bouteille est ensuite redressée puis décapsulée. Sous la pression du gaz, le glaçon est expulsé.

 

Le dosage :
La quantité de champagne perdue lors du dégorgement est ensuite complétée par la liqueur de dosage. Cette liqueur est composée de sucre de canne et de vieux vins. C’est ici que se joue la qualification de votre future bouteille :
 Doux = plus de 50 grammes de sucre par litre
 Demi-sec = entre 32 et 50 grammes de sucre par litre
 Sec = entre 17 et 32 grammes de sucre par litre
 Extra dry = entre 12 et 17 grammes de sucre par litre
 Brut = moins de 12 grammes de sucre par litre
 Extra brut = entre 0 et 6 grammes de sucre par litre
 Brut nature / non dosé / dosage zéro = moins de 3 grammes de sucre par litre

La bouteille de champagne sera ensuite bouchée, habillée puis étiquetée : il ne restera plus qu’à la consommer !

 

 

Crédit photos ©Emmanuel Goulet, ©Champagne Dom Caudron, ©Champagne Vilmart, ©Lehmann Glass

 

Les vins clairs de Champagne : décryptage

 

Les vins clairs de Champagne :

 

décryptage.

 

 

Peut-être avez-vous déjà entendu parler des « vins clairs » de Champagne ? Mais si, ces vins tranquilles (sans bulles) que les chefs de caves des maisons, les vignerons et œnologues dégustent à partir du mois de janvier chaque année. Non ? Alors on vous explique.

En cette période de l’année et pour faire simple, les vins clairs sont un peu au Champagne ce que la poudre d’amande est à la galette des rois : la base.

Pour rappel, une fois les raisins récoltés séparément en septembre, ils ont été pressés puis mis en cuve de fermentation cépage par cépage, sous-région par sous-région, parcelle par parcelle. Pendant l’hiver, ils auront fait leurs fermentations alcooliques et malolactiques. Et bien, à partir du mois de janvier (et jusqu’au printemps pour certaines maisons), les chefs de caves, vignerons et œnologues dégustent cuve par cuve toute la récolte de l’année précédente. Un travail de titan en somme…

Cette dégustation cuve par cuve va permettre aux œnologues de déterminer plusieurs éléments :
–  Que vaut la récolte précédente en termes d’arômes, de qualité et de potentiel de vieillissement ?
–  Doit-on millésimer cette année de récolte si la qualité est jugée supérieure (ou peut-être simplement une partie de la récolte) ?
–  Déterminer les futurs assemblages – le Champagne est un vin d’assemblage, rappelons-le – afin de respecter les différentes cuvées de la maison ou du vigneron (et pourquoi pas en créer une nouvelle ?) : quels pourcentages de Pinot Noir, de Pinot Meunier et de Chardonnay dans telle ou telle cuvée ? Les Chardonnays sont-ils plus vifs que l’année précédente ? Faut-il en mettre davantage dans la cuvée Brut ? Etc, etc…

Une fois ces questions élucidées, les vins seront assemblés puis mis en bouteille (= l’étape du « tirage ») dans laquelle se créera l’effervescence (= l’étape de « prise de mousse »). Les champagnes pourront dès lors commencer leur phase de vieillissement durant laquelle le potentiel aromatique du champagne se révélera…

 

La Saint-Vincent en Champagne

 

Le début de l’année en Champagne est également marqué par la Saint-Vincent, une célébration du saint patron des vignerons. Au cœur du vignoble, maisons de Champagne et vignerons de chaque village se réunissent pour le remercier de la vendange passée et se mettent sous sa « coupe » (!) pour les travaux de la vigne à venir…

Alors, superstition, croyance dépassée ou rituel incontournable ? Nous vous invitons à venir en juger par vous-même le samedi 13 janvier 2018 à Epernay – l’occasion d’y voir l’Archiconfrérie Saint-Vincent des vignerons de la Champagne à qui l’on doit cet événement – ou le dimanche 28 janvier 2018 dans le reste du vignoble. Au programme des festivités : défilés des nombreuses confréries de vins de champagne que compte la région en tenues folkloriques, cérémonie officielle, passation de bannière et…dégustation de vins clairs ! La boucle est bouclée.

 

Crédit photos ©Champagne Salon et Delamotte, ©Fine wine concierge, ©Epernay, ©Wine searcher